GGGOLDDD – This Shame Should Not Be Mine

Artiste : GGGOLDDD

Origine : Pays-Bas

Genre : Dark Rock

Date de sortie : 1 Avril 2022

Au-delà d’un album c’est l’histoire, malheureusement banale, d’une femme que je vais vous raconter aujourd’hui. Celle de Milena, chanteuse charismatique du groupe néerlandais GGGOLDDD.

Mais avant toute chose, je me dois de vous planter le décor. 2020, le confinement et l’isolement se sont emparés de nos vies, laissant beaucoup de personnes démunies face à leurs démons. C’est dans ce contexte de fragilité émotionnelle que Milena décide de raconter et exorciser son histoire, celle d’une jeune femme de 19 ans victime de violences sexuelles et d’abus de confiance.

C’est également à cette période que le groupe est contacté par le festival Roadburn pour leur proposer de créer un set unique pour leur festival qui sera enregistré plus tard dans l’année. Leur set reste le plus streamé du festival et laisse surtout nombre d’entre nous bouche bée derrière nos écrans. Face à cet engouement et à la catharsis de l’écriture ; il apparaissait comme évident que ce set devait devenir un album.

C’est ainsi que This Shame Should Not Be Mine voit le jour.

La pochette nous représente Milena en armure, fière telle une guerrière partant au combat. Une armure comme cette carapace protectrice que l’on porte mais qui nous coupe de notre identité propre. Elle raconte qu’ironiquement l’armure lui a laissé des cicatrices lors du shooting, comme le silence sur son histoire lui en a laissé.

L’album s’ouvre inévitablement sur une atmosphère sombre, lourde et étouffante. I Wish I Was A Wild Thing With A Simple Heart nous pose le décor, celui d’un combat perpétuel se terminant dans des cris déchirants entremêlés, le tout accompagné par une rythmique dure et froide. Miléna raconte à propos de ce titre qu’il a, à l’origine, été écrit pour l’album précédent mais n’étais pas cohérent avec l’œuvre, comme si son heure n’était pas encore arrivée.

Strawberry Supper traite sans détour de la trahison – I wanted to be loved like everybody else (…) You call me sunshine, you tore me down – Le ton se fait plus sombre, l’amertume et la colère sont audibles et renforcées par la musique lourde, pesante presque oppressante.

Un filet de guitare ouvre Like Magic, accompagné d’une voix légère et douce. La rythmique électronique et la voix cristalline ne peuvent que faire penser à Portishead. – Piece by piece you took it all – la souffrance est très nette, remarquablement soulignée par les envolées des guitares si caractéristiques à la musique de GGGOLDDD.

La douleur est à son paroxysme  –  I want the smell to leave me, I want to shower ‘til my skin comes off – Le texte,la basse entêtante et l’explosion de rage quasi indus de Spring nous rappellent à la guerrière sur la pochette, fonçant tête baissée vers la bataille, armée de sa fougue et la rage au ventre.

Sans ménagement, l’agression se déchaine sur Invisible, jusqu’à ce que le chant ne revienne comme pour vous consoler. Magnifiquement soulignée par les arpèges, la résilience se fait douceur ; avant de replonger dans les cris déchirants du 5ème cercle de l’enfer. Un affrontement musical qui rappelle le tumulte intérieur auquel font face les victimes d’abus.

Pour I won’t Let You Down, Milena confie qu’elle a écrit ce morceau comme une déclaration d’amour a elle-même. Un morceau doux, qui nous offre un peu de répit au sein de l’œuvre, oscillant entre post rock et trip hop.

Le tumulte reprend, plus fort que jamais sur Notes On How To Trust. Puissance et violence se mêlent pour offrir un morceau magnifique. Le clip où l’on voit la chanteuse se délester de son énorme sac qu’elle traine avec difficulté illustre très bien le propos de l’album.

Sur This Shame Should Not Be Mine, la musique perd de sa violence mais pas de sa gravité. Encore une plage de répit dans cet album et un clip une nouvelle fois où l’allégorie est très claire.

Oh You, voit apparaitre la résilience. Quasi a capella, Milena se pardonne et parle à son bourreau.  – You put your filthh on me, I will shake thet dirt off, Whatever you throw at me is on you

Le son rugueux et rageur combiné au texte de Beat by beat viennent clôturer cet opus. – It’s time for some healing now, I will give myself a break – Pas à pas, on avance.  Mot après mot, on guérit. On se relève avec fierté.

La boucle est magistralement bouclée.

This Shame Should Not Be Mine est réellement un album bouleversant, de ceux qu’on appelle des grands disques. Un récit et une démarche précieux pour beaucoup de personnes qui restent dans le silence et la culpabilité face à leurs traumas. Peut-être la libération pour certains.

Si vous écoutez cette musique et que quelque chose de similaire vous est arrivé, j’espère que vous réalisez que vous n’êtes pas seuls – Milena