Bilan mi-2021 : Moland

Mi année, mi parcours, mi molette. Voici donc mon top30 2021. Top évolutif, évidemment. Il ne présentera pas le même visage en fin d’année. Au programme : du black metal avant gardiste, du post-rock, du post metal, du doom, du stoner, du rock psychédélique expérimental. De bon aloi, bien sûr.

Le « Top Contender » : Grey Aura

Nota bene : le patchwork ci-dessus n’établit pas de classement parmi les albums retenus, les pochettes étant agencées en fonction de leur gamme de couleurs. En revanche, nous avons placé en 1e l’artwork de Zwart Vierkant, signé par la photographe plasticienne néerlando-croate Sanja Marusic. Cette pochette est celle de l’album de l’année selon moi, pour le moment. On le doit au groupe batave Grey Aura, qui verse dans le black metal conceptuel progressif technico avant gardiste. Ça part dans tous les sens sans jamais se perdre. Pas le temps de niaiser, Grey Aura n’épuise pas le riff comme chez les groupes de post-metal ou de sludge, mais viole les frontières, par petites touches, opère des frappes chirurgicales, avant de battre en retraite pour partir souiller les terres du thrash metal, non sans revenir à ses fondamentaux de black metal. Il reste en équilibre sans se donner le temps de le perdre. L’ensemble de l’opus peut paraître indigeste, avec ces 1001 idées à la minute, ses changements de tempo, ses breaks et ses ambiances diverses, en réalité, il répond à l’adage selon lequel abondance de biens ne nuit pas. Pour peu qu’on se laisse embarquer, c’est alors un tour de grand huit des plus jouissif qui repart de plus belle une fois arrivé à son point de départ. Il truste donc la 1e marche du podium, à la mi-saison.

Mogwai, au même titre que d’autres fers de lance du genre, comme Godspeed You Black Emperor ou encore God is an Astronaut, nous délivrent chacun une belle offrande en 2021.

La Tendance de mi-2021 : Post-Rock et Post-Metal

L’année sera post-rock ou ne sera pas

2021 marque le retour dans les bacs d’albums, réussis en tous points, de chantres illustres de la vaste famille du post-rock. Les Canadiens de Godspeed You Black Emperor signent pas moins que la BO de l’apocalypse sans esbrouffe (et peut-être leur meilleur album) que le monde vit depuis le début de la crise sanitaire due à la pandémie du coronavirus. Les Ecossais de Mogwai prouvent une fois de plus qu’ils ne sont pas prêts à décevoir, avec cette faculté à composer de la musique qui relève presque de l’évidence, mais qui fait mouche, dans son apparente simplicité et son indéniable génie. Les Irlandais de God is an Astronaut restent extrêmement solides, élégants, sophistiqués, tandis qu’en embuscade, le post-rock aux relents métalliques des Estoniens de Kauan joue des coudes avec les Français de Bruit et les Helvètes de Krane. Hors tableau, et pourtant tout aussi prenants, figurent d’autres groupes comme les Américains de Empires of Light.

La musique d’Amenra se veut montueuse : on l’aborde avec le poids de son propre bagage, et à l’issue de cette lente, longue et laborieuse ascension, on contemple avec quiétude les cendres de ses cicatrices.

Après le post-rock, le post-metal

Au rayon du post-metal et du sludge, 2021 nous gâte. Cult of Luna jongle à merveille avec les notions de constance et de cohérence. Il y a quelque chose qui relève de l’évidence, chez les Suédois. On se sent en terrain connu, mais la déco change à chaque visite. Elle s’enrichit de nouveaux détails, placés avec une précision empirique. Avec The raging river, le groupe clôt un cycle et en entame aussitôt un nouveau. On envisage cet inconnu avec sérénité, appétence et confiance, car on sait que les prochains territoires que la bande à Johaness Persson explorera seront déjà riches du chemin parcouru jusqu’alors. Persson qu’on retrouve en invité chez Bossk (pas dans notre liste, mais possiblement présent en fin d’année, tout comme d’autres outsiders comme Moanaa), eux-mêmes en tournée avec Dvne, les Ecossais signant l’un des albums contribuant à élever assurément 2021 au rang de millésime de bon aloi. Derrière, on trouve de belles trouvailles comme Sarin.

Big|Brave ou l’art du minimalisme au service de la lourdeur

C’est dans les entrailles qu’on s’enjaille

Proverbe Moldave

Quand on sort de post-metal et qu’on s’enfonce davantage dans les couches de lave en fusion, on patauge alors avec délectation dans les univers oppressants de Big|Brave, de Fange ou encore de Cult of Occult. C’est leur idée du cauchemar qui ravit notre âme.

Et il y a d’autres groupes qui livrent une autre idée du cauchemar, avec un jusqu’au boutisme dans l’expérimentation : Plasmodium et son black metal atonal à souhait , expérimental en diable, sidéral au possible ; mais aussi Victory over the Sun, ou encore Portal qui sort coup sur coup 2 albums aussi fous l’un que l’autre.

Les valeurs sûres

King Buffalo marquera plusieurs fois l’année 2021 au fer rouge.

Au rayon des albums attendus et qui ne déçoivent pas, on pioche ceux de King Buffalo, de Sunnata, de Wolvennest.

Les plus belles découvertes

Mais on retiendra aussi d’énormes coups de coeur qui garderont assurément leur place dans le top en fin d’année : les très psychédéliques, chacun à leur manière. Cult of Dom Keller et sa musique fiévreuse, sale, empoisonnée. Comme le sexe sous acide. Les Danois de Mythic Sunship qui engagent des joutes entre leurs instruments pour accoucher de petits bijoux interstellaires en apparence foutraques, mais qui en réalité, tutoient l’infini en réorganisant le chaos dont ils se font les démiurges. Fat Soul et son rock légèrement psyché, feutré, un peu comme si Air gobait des champis avant de se mettre au rock. Ou encore K’Mono et leur revival prog. Ce qui ne laisse pas beaucoup de place pour un genre que j’affectionne particulièrement, mais qui se trouve sous représenté dans ce top : le stoner. D’ailleurs, le bien nommé Stöner, le nouveau projet derrière lequel se cachent Brant Bjork et Nick Oliveri, entre autres, 2 figures tutélaires de l’histoire du genre, puisque leurs noms sont associés à des papes du genre comme Kyuss et Queens of the Stone Age, n’a pas dit son dernier mot. En attendant, on se délecte de notre première vraie claque de l’année, administrée par Indica Blues. Plein de sensualité, ça fuzze à l’envi et ça ondule du séant.

Avec Indica Blues, ça fuzze à l’envi et ça ondule du séant avec sensualité.